Notice
Née le 12 avril 1930 à Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais), Marguerite Delannoy grandit sans son père qui l’a rejetée après le divorce de ses parents tout deux enseignants. Suite aux graves problèmes de santé de sa mère (hémiplégique puis mutilée dans un bombardement en 1940) Marguerite, devenue pupille de la nation, est élevée chez sa tante. En 1947, elle retourne contre son gré chez sa mère, impotente. La situation se dégrade vite. Fin mars 1948, Marguerite passe une première fois devant le tribunal pour « coups et blessures » sur sa mère. Elle s’enfuit successivement de l’hospice de Saint-Pol, où elle est d’abord confiée, puis du Bon Pasteur de Marcq-en-Barœul. Le 21 juillet 1948, au vu de sa "perversité", le Tribunal des enfants et adolescents juge nécessaire son placement à l’Institution Publique de l’Éducation Surveillée de Cadillac jusqu’à ses 21 ans. Marguerite n’atteindra jamais sa majorité : elle se suicide le 31 octobre 1950. Que s’est-il passé ?
Dès les premiers mois, dans une institution qui peine à se réformer dans l’élan novateur de l’Ordonnance du 2 février 1945, Marguerite déconcerte par son comportement. Les observations la concernant en sont le reflet : elle est jugée "intelligente" mais « détraquée », "agréable" puis "odieuse", « lucide » et « folle » à la fois… Lors des visites de sa mère, elle dépouille celle-ci et la malmène. Dès lors, l’équipe, constituée de jeunes éducatrices encore inexpérimentées en ce qui concerne la psychologie des mineures, la juge "anormale", "cynique", "sadique" et « sans cœur ». La directrice, Mlle Folin, sans la cerner, la perçoit cependant comme un « être exceptionnel » et expérimente des mesures très individualisées espérant la stabiliser et la réinsérer. Évadée de Cadillac en avril 1949 et rapidement réintégrée, Marguerite réussit par ailleurs son examen de sténodactylo. Quelques mois plus tard, dans un accès de violence elle détruit sa chambrette et tente de s’étrangler. La directrice obtient l’autorisation de la transférer à Lesparre, institution permettant un enfermement prolongé en cellule individuelle ou une mise en observation en hôpital psychiatrique en cas de rechute. Les évidentes pulsions suicidaires de la jeune fille sont interprétées comme une sorte de « comédie du désespoir » qui serait liée à des « problèmes de perversité intellectuelle et de malignité ». A plusieurs reprises, le recours à l’isolement à Lesparre vise autant à punir Marguerite qu’à l’éloigner de ses camarades. De mai à octobre 1950, elle multiplie les signaux de détresse : absorption de gardénal et automutilations sévères et réitérées. Finalement hospitalisée à l’hôpital St André de Bordeaux le 6 juin 1950, les psychiatres, la jugeant "simulatrice" et « normale », la renvoient à Lesparre en juillet. Très instable, incomprise et perdue, elle est retrouvée pendue à la fenêtre de sa cellule quelques jours après avoir échangé avec l’éducatrice qui la suivait. Cette dernière notait le 10 octobre 1950 : « Marguerite semble à nouveau très déprimée mais est parfaitement consciente de sa mise en scène, conduit son jeu avec lucidité et révèle beaucoup de ruse ».
Mais ce drame crée des remous à la nouvelle Direction de l’éducation surveillée, d’autant qu’un deuxième suicide, celui de Monique Bedief, 17 ans, survient le 16 mai 1951 à Cadillac. Cela précipite la fermeture de l’établissement à l’été 1951 après une série d’inspections menées par Paul Lutz.
Texte : Séverine Dard