La Tutélaire

L’association « La Tutélaire » est fondée par Henri Rollet en 1914 et déclarée à la Préfecture l’année suivante. Elle prolonge l’action déjà entreprise pour les garçons par le Patronage de l’enfance et de l’adolescence, en direction à la fois des jeunes enfants de moins de 12 ans nécessitant une assistance immédiate et des filles en danger moral ou traduites en justice de 12 à 18 ans.
La Tutélaire installe sa maison d’accueil dans plusieurs appartements loués de la rue Blomet. Elle y récupère d’abord les pupilles déjà prises en charge par une vice-présidente, Madame Paul Darcy, dans l’attente du démarrage effectif de l’association, dans un contexte où les œuvres de protection de jeunes filles ont été mobilisées pour porter secours aux blessés. L’affluence est importante, rendant très vite nécessaire la perspective d’un agrandissement. En 1917, en application de la loi sur la prostitution des mineurs, l’association est autorisée à recevoir des mineures. En 1920, elle obtient la reconnaissance d’utilité publique.
En 1923, le domaine des Brochepins, 70 route de Clamart à Issy-les-Moulineaux, est acquis pour construire la nouvelle « maison d’observation et de rééducation ». Pour Henri Rollet, chaque catégorie d’enfant doit avoir son pavillon et son terrain de jeux. Les travaux commencent en 1924 et les pavillons « Pasteur » (accueil), « Katherine Baker » (pour les fillettes de 3 à 13 ans), « Pupilles de la Nation » (réservés aux filles de 13 à 18 ans), « Raymond Poincaré » (comprenant les services généraux) sortent de terre tour à tour. Ces constructions requièrent d’incessantes recherches de financements alors que les caisses se vident. De l’Œuvre de préservation et de sauvetage de la femme, dissoute en 1939, la Tutélaire reçoit la construction du 216 boulevard Jean Jaurès à Boulogne dans laquelle elle installera son home de semi-liberté « La Caravelle » après la guerre. L’association prend dès lors le titre « La Tutélaire et l’Œuvre de préservation et de sauvetage de la jeune fille ».
À la Libération, après trois années difficiles sur le plan financier, l’association normalise sa situation grâce aux conventions et habilitations obtenues de l’Etat. L’ordonnance du 2 février 1945 va permettre de recevoir de jeunes délinquantes et une convention est signée en 1951 avec l’Aide sociale à l’enfance. En 1967, l’association change son titre en « Association Henri Rollet » en hommage à son président-fondateur décédé en 1934. Elle fusionne en 2017 dans la nouvelle association ESPEREM.

Texte : Sylvain Cid