Henri Joubrel, avocat puis magistrat, mais aussi permanent de la branche scoute des éclaireurs de France, va contribuer dans ses écrits à l’importation des méthodes scoutes dans la rééducation des jeunes de Justice. Le scoutisme apporte en effet un renversement presque total dans la relation du délinquant à son surveillant, par rapport à l’attitude essentiellement répressive des années précédentes. La pédagogie scoute fait en effet de l’« accrochage affectif » non seulement une technique mais encore une morale professionnelle et du petit groupe un principe d’organisation permanent. Toutefois cette relation au délinquant reste essentiellement institutionnelle. Un délinquant est un délinquant, un caractériel est un caractériel. Nulle réflexion sur la genèse psychologique, à la limite nul besoin de connaître le délit à l’origine du placement. Le jeune est là, physiquement, affectivement, dans l’« ici et maintenant de l’espace éducatif ». Faire silence sur son cas, c’est aussi le couper de son histoire, de son milieu pour n’en connaître que l’« éducabilité » présente. Le scoutisme est aussi une pédagogie totalitaire s’étendant à tous les moments de la vie, pédagogie de loisir pour jeunes bourgeois elle se transforme en pédagogie « populiste » du quotidien dans toutes ses dimensions, nuit et jour, en semaine et le dimanche, en vacances comme en dehors des heures de travail. Et la force secrète de ce mouvement colonisateur n’est-elle pas en définitive de se substituer ou de relayer l’ordre familial ?

Texte : inspiré de Chauvière (Michel), Enfance inadaptée : l’héritage de Vichy, Paris, éditions ouvrières, 1980, pp. 116-117

Source : tableau d’après Joubrel (Henri), Le scoutisme au service de la rééducation, Paris, PUF, 1951