La promesse et tout le cérémonial qui l’entoure est le rite de passage obligé pour devenir un jeune scout à part entière souvent avec, à la clé, un nouveau nom de totem. Or, si les mouvements scouts ont souvent vanté le succès de leurs méthodes pour former les futurs éducateurs spécialisés, qui se font d’ailleurs au départ souvent appeler « chefs », ainsi que pour rééduquer les jeunes délinquants, ils se sont montrés en revanche beaucoup plus réticents à intégrer ces derniers au même titre que les autres jeunes qu’ils encadraient au sein de leurs sections. La limite de l’action sociale du scoutisme auprès des jeunes de Justice s’est ainsi posée autour de la promesse et du symbole qu’elle représente. L’acte de la promesse pouvait-il se faire au sein de l’institution judiciaire ou fallait-il attendre la liberté, c’est à dire la sortie ? Les réponses des différents mouvements sont loin d’être explicites, la plupart d’entre eux semblent avoir esquivé cette question. Ce scoutisme sans promesse, comme cela a été souvent le cas, n’est-il pas alors un scoutisme « dénaturé » ? Des troupes furent créées dans certains établissements, à l’initiative de quelques chefs, elles furent éphémères. Ces expériences isolées n’ont pas fait école, elles n’ont jamais fait l’objet de débats, elles sont restées marginales. Ces jeunes délinquants pénalisés par la loi sont donc placés hors la loi scoute. Y aurait-il dans le scoutisme un gène d’élite qui empêcherait d’intégrer les « mauvais garçons » ?

Texte : tiré de Mathias Gardet, Françoise Tétard, Le scoutisme et la rééducation dans l’immédiat après-guerre : lune de miel sans lendemain ? Document de l’INJEP, n°21, juin 1995, p. 206

Source : revue Le Chef, numéro spécial, mai 1956, p. 193