Le jugement

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Les mineurs de justice, dans leur grande majorité, sont en fait des « acquittés-placés » en vertu de l’article 66 du Code pénal de 1810 : l’enfant est acquitté et dans la même mesure placé, ce qui revient souvent à une peine beaucoup plus longue que celle appliquée à ceux, minoritaires, qui sont condamnés. Le rapport d’Haussonville en 1873 signalait déjà que « peu à peu, l’idée germe dans leurs jeunes têtes qu’il vaut mieux être condamné qu’acquitté ». Presque un siècle plus tard, cette idée est toujours aussi tentante ainsi qu’en témoigne la rédaction d’un mineur en 1962, qui préfère attendre son jugement au dépôt à Fresnes pour faire une peine déterminée, plutôt qu’à Savigny sans être fixé sur le temps du placement. Le milieu de la magistrature est pour sa part sensible et fortement mobilisé aux problèmes des mineurs de Justice depuis le XIXe siècle, cherchant un assouplissement des pratiques judiciaire. Bien qu’inspiré par leurs homologues américains des Juvenile’s Courts, les magistrats mettront longtemps à se spécialiser sur les jeunes. Si la loi de 1912 instaure dans les textes les tribunaux pour enfants et adolescents, il ne s’agira en fait, sauf exception, que d’un aménagement des plannings d’audiences ; les juges continuant parallèlement à s’occuper des affaires courantes. Il faudra attendre 1945 pour voir apparaître véritablement le juge des enfants, immortalisé par Jean Gabin dans le film « Chiens perdus sans collier ».