Frasne-le-Château

L’école de réforme de Saint Joseph à Frasne-le-château est ouverte dans le département dans la Haute Saône en 1876 par les religieuses de la Providence de Ribeauvillé, un ordre enseignant alsacien. Les enfants qui ont entre 7 et 20 ans sont confiés par l’Administration Pénitentiaire dans le cadre de la loi de 1850 sur l’éducation et le patronage des jeunes détenus en application de l’article 66 du Code Pénal relatif aux enfants non discernants. Ce sont des jeunes qui le plus souvent relèvent du vagabondage, de la mendicité, de vols, de violences, le plus souvent de délits mineurs. En 1901, l’effectif de pupilles se montait à 377. Ils sont encore 295 en 1929 et encore plus de 200 entre 1940 et 1945. L’institution est dirigée et animée par une quarantaine de religieuses qui occupent des fonctions allant de la responsabilité de classes, d’ateliers, du secteur agricole, de services divers (cuisine…). Il est à souligner que les pupilles sont uniquement des garçons. Seuls cinq personnages masculins sont présents dans l’institution : l’aumônier, qui est en même temps le chef de la chorale, deux médecins, le jardinier et un agent d’entretien. Jusqu’à l’âge de 14 ans, les pupilles partagent leurs activités entre l’école et tous les travaux d’exploitation du domaine sous la responsabilité des sœurs. Parmi les plus méritants, à l’âge de 14 ans, une quarantaine d’entre eux, intéressés par les métiers industriels peuvent être envoyés au patronage de l’institution près de Besançon. Ils sont sous l’autorité de six religieuses. Les métiers qui leur sont proposés chez des employeurs sont : tailleur, serrurier, menuisier, peintre, cordonnier, ferblantier. Ultérieurement, ils pourront être placés chez leurs employeurs lorsqu’ils n’ont pas de famille ou lorsque leurs parents sont considérés comme indignes. Pour ceux qui restent à l’institution, parfois une dizaine d’années, se met en place un modèle qui peut rappeler celui des « frères aînés » à Mettray en 1840. Ils sont choisis par les religieuses parmi les meilleurs, il leur est donné un grade militaire, et leur fonction est d’exécuter des manœuvres avec les pupilles dans un contexte qui relève surtout de la punition. En 1929, dans un article publié par le journal l’Intransigeant, il est écrit au sujet de Frasne : "c’est une poignée de femme qui parvient à régenter un régiment de vauriens et à faire de la plupart des hommes". En octobre 1934, alors que débutent les campagnes de presse contre les bagnes d’enfants initiées par le journaliste Alexis Danan, celui-ci dénonce très vite ce qu’il appelle  Le scandale de Frasne en évoquant les mauvais traitements et les violences infligées aux pupilles. La supérieure de l’institution réagira auprès du rédacteur en chef du journal Paris Soir. Cette affaire (et d’autres), aura un large écho dans la presse. Il faudra toutefois attendre 1945 pour qu’un jeune juge des enfants nommé à Vesoul, Michel Henry, se rende à Frasne, d’où il ressort profondément choqué. Dans un entretien que j’ai eu avec lui en 1980 au centre de Recherche de l’Education Surveillée à Vaucresson, il évoque sa rencontre avec la supérieure à laquelle il demande la fermeture immédiate des cachots de 1m50 sans ouvertures, sans quoi il saisit la Préfet et le Directeur de l’Assistance Publique. C’est ce qu’il fit. L’établissement de Frasne fut définitivement fermé fin 1945, début 1946.
Michel Henry, qui avait publié en 1972 une importante recherche sur Les jeunes en danger , conclut son entretien en disant : « Frasne, c’était le symbole d’un bagne d’enfer où des gosses étaient martyrisés par des gens qui se croyaient des saints… une sorte de pêché contre l’esprit ».
Texte : Jacques Bourquin
Bibliographie : Danan (Alexis), L’épée du scandale , Editions Robert Laffont, 1961, pp.187-190.